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.19 avril 2056
Genève////Le jeune homme courait encore et encore ; se faufilant parmi les inconnus des trottoirs, passant par de sombres et étroites ruelles, sautant au dessus de quelques murets trop petits pour le ralentir. Il se devait de disparaitre. S'éclipser, fuir, se faire oublier, disparaître... Tous ces mots tournaient et se retournaient dans son esprit, inlassablement. «
Qu'est ce que je dois faire ? Qu'est-ce que je dois faire !? ». Ces questions retenaient également la plus grande partie de son attention. Les gens ne le voyaient même pas, et il prit, pour une fois, ces réactions comme une bénédiction. Il devait absolument quitter la ville.
////Il s'appelait Gordon Sender, 17 ans. Cheveux mi-long et brun, corps svelte. Et il venait, apparemment, de tuer une bonne dizaine d'élève de son école une heure auparavant. Il commençait à comprendre comment. Mais pourquoi maintenant ? Cette chose aurait pu se manifester plus tôt, chez lui, dans un champ. Ou alors dans un tramway aux heures de pointes, pour augmenter le nombre de victimes. « Génial », se lança-t-il. «
Jouons à tuer des gens ».
19 avril 2056
Genève
2 heures plus tôt////Gordon s'était réveillé et levé comme à son habitude. Rapidement. Il enfila son pantalon et son t-shirt préparés la veille, puis embarqua son sac. S'enfila un café en quelques minutes. Se nettoya les dents. Puis parti enfin de la maison.
////L'adolescent prit le tram en direction du CEC Madame-de-Staël, son école. Il ne l'aimait pas vraiment, mais ses parents l'avaient « obligé » à s'y inscrire. Et il voulait leur faire plaisir. Le bahut était plutôt imposant, mais la majeure partie des collégiens se prenait pour plus hauts qu'ils étaient. Comportement qui exaspérait Gordon. Il avait peu d'amis, et s'en foutait royalement.
////Habituellement, Sender rejoignait un de ses potes devant l'entrée, pour partir à l'intérieur de la cour principale, où les élèves attendaient sans grand enthousiasme la sonnerie fatidique. Ce jour là n'échappa à la règle.
///////-Gore ! lança une voix.
////Ledit pote se prénommait Jean Vincent, métisse, cheveux tressés, et dépassant de deux têtes Gordon. Ils se connaissaient depuis la petite enfance, et c'était son meilleur ami.
///////-Salut, dit-il en serrant la main du géant.
////Ils se posèrent sur un banc inoccupé, puis commencèrent à parler de chose et d'autre. C'est à ce moment là que survenu les migraines. Parfois par à-coups, où alors violentes et rapides. Mais Gordon n'y prit pas attention. Il continua à écouter les discours sur l'évènement de la veille, c'est-à-dire un meurtre dans les Pâquis.
///////-De toute manière ils ne s'arrêterons jamais là-bas, commenta Gordon.
///////-'M'étonnes. C'est un vrai nid à sadique là-bas... Et merde.////La cloche retentissait. Et Gordon avait de plus en plus mal. Sa tête commençait à tourner, et il avait la nausée.
///////-Tu viens ? questionna son ami.
Hé ça va ? Tu tires une de ces tronches !///////-J'ai connu mieux on va dire, plaisanta le malade.
////Il tenta de se lever, mais une fois debout, il chancela. Jean Vincent le rattrapa, et essaya de l'amener à l'infirmerie. Mais plus il marchait, plus la douleur s'intensifiait. Cela lui devenait insupportable. L'envie de vomir se faisait plus intense, et il avait l'impression que son crâne entrait en fusion.
////Puis il se mit à crier. A crier comme il ne l'avait jamais fait. Les gens se retournaient, et le regardaient avec étonnement ou frayeur. Mais il n'en avait que faire. Pour lui, rien ne subsistait à part cette migraine insoutenable et lui-même, le corps faible et tremblant. Le monde était noir. Il tournait, tournait, tournait... Il n'entendait plus rien. Mais il sentait qu'il pleurait et criait encore. Il ne réfléchissait plus, et ne le pouvait plus. Puis un vent violent s'arracha de lui-même. Le calme revint. Et il s'évanouit, le sang coulant de son nez.
////À son réveil, un chaos total s'offrit à ses yeux. Ravage. Débris. Rouge. Eau. Odeur de brûlé.
]////Il eût du mal à réagir face à ce qu'il voyait. Gordon se leva, puis avança de quelques pas. Mais l'étudiant trébucha sur un morceau de bitume délogé de son emplacement initial. Il regarda le sol. Sender se rendit compte alors qu'il était le point central d'un cratère moyen et peu profond. Il comprit alors qu'il avait été la cause de ce qu'il observait autour de lui.
////Ce qui l'entourait ne ressemblait en rien à ce qu'il avait connu quelques minutes encore auparavant. Le sol autrefois propre intact ressemblait à un champ de bataille. De longues fissures zigzaguaient depuis le cratère, et des morceaux disloqués se surélevaient du parterre. Des toits de tôles étaient repliés sur eux même, comme poussés par un vent plus que violent. Des tuyauteries de gaz étaient sorties de terre, faisant jaillir des flammes plus hautes qu'un homme.
////Mais ce n'était pas le pire.
////Au milieu de tout ce bordel matériel, des corps. Certains tordus dans des sens encore inconnus jusqu'alors. D'autres étendus sur des barrières elles-mêmes bousillées. Certains, dont il se rappelait être prêt de lui et Jean Vincent avant qu'il s'évanouisse, se trouvaient à plus de 5 mètre de lui.
///////-Jean ? cria-t-il soudainement.
////La peur l'envahi comme un coup de tonnerre. Où était-il ? Son ami se trouvait à quelque centimètre de lui avant qu'il n'envoi valser tout son entourage. Gordon priait le ciel qu'il soit intact. Il tournait la tête dans tous les sens. Puis il le vit. Allongé à terre, sur le dos. Du sang sur ses habits et sous lui.
///////-Jean... exulta le jeune destructeur en s'affaissant à côté du...
////Mort. Oui il était mort, un morceau de métal rougi logé là où se trouvait la rate. Alors il pleura. De peur. De haine. Haine contre lui-même car il était responsable de tout ça. De peur car il savait qu'il aurait de sérieux problèmes. Les plus graves qu'ils n'auraient de toute sa vie. Il était désorienté et triste. Il venait de perdre un grand ami et de nombreux camarades.
////Un bruit.
////Plus loin, des silhouettes mouvantes. Elles sortaient du bâtiment en cavale. Regardaient l'affreux spectacle, puis pointait Gordon du doigt, toujours agenouillé aux côtés du métisse. Certains pleuraient, d'autres hurlaient d'angoisse. Le calme entourant le carnage fût vite pollué par une agitation grandissante.
////Gordon n'avait qu'une chose, qu'une idée qui tournait et se retournait dans son crâne : la fuite. Il ne voulait pas finir en cabane, ce qui l'attendait à coup sûr.
////Laissant son sac sur place –d'ailleurs il avait dû s'envoler aussi car il ne le voyait pas– il se leva, puis commença à courir. Il devait s'éloigner au plus vite de la prison, et pour la sécurité des autres. Ca allait sûrement recommencer.
////Ainsi débuta son exil.
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